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Justice pour deux oiseaux menacés en Martinique !
Dans une décision du 20 novembre 2025, le tribunal administratif de la Martinique donne raison à l’ASPAS et à ses partenaires en annulant, a posteriori, l’arrêté préfectoral du 24 juillet 2023 en ce qu’il avait autorisé la chasse de nombreuses espèces d’oiseaux sur l’île pour la saison 2023-2024.
Non seulement le préfet n’est pas compétent pour définir lui-même les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse de 20 espèces oiseaux d’eau (cette compétence revient en effet au ministère de l’Ecologie), il n’aurait également pas dû autoriser la chasse de deux espèces menacées sur l’île de la Martinique : le pigeon à cou rouge et le moqueur corossol.
Tel est le sens du jugement prononcé par le tribunal administratif de la Martinique, le 20 novembre 2025, à la suite d’un recours déposé par l’ASPAS, la LPO, AEVA, AMAZONA et ASFA :
“[…] En l’absence d’arrêté ministériel, le préfet de la Martinique n’était pas compétent pour fixer lui-même les dates d’ouverture et de clôture de la chasse, dans le département de la Martinique, pour les espèces de gibier d’eau que constituent, d’une part, les espèces relevant de l’ordre des ansériformes ou anatidés, comprenant la sarcelle à ailes bleues (spatula discors), le canard d’Amérique (anas americana), le canard colvert (anas platyrhynchos), le canard pilet (anas acuta), le canard chipeau (anas strepera), le canard souchet (anas clypeata), la sarcelle à ailes vertes (anas crecca), le dendrocygne fauve (dendrocygna bicolor), le dendrocygne à ventre noir (dendrocyngna autumnalis), le fuligule à collier (aythya collaris) et le petit fuligule (aythya affinis) et, d’autre part, les espèces relevant de l’ordre des charadriiformes ou limicoles, comprenant le pluvier bronzé (pluvialis dominica), le pluvier argenté (pluvialis squatarola), le petit chevalier à pattes jaunes (tringa flavipes), le grand chevalier à pattes jaunes (tringa melanoleuca), la bécassine de Wilson (gallinago delicata), la maubèche des champs (bartramia longicauda), le chevalier semipalmé (tringa semipalmata), le bécasseau à échasses (calidris himantopus) et le bécasseau à poitrine cendrée (calidris melanotos). L’arrêté attaqué du préfet de la Martinique du 24 juillet 2023 est, dès lors, entaché d’incompétence, en tant qu’il fixe au 30 juillet 2023 et au 31 janvier 2024 les dates d’ouverture et de clôture de la chasse de ces vingt espèces, sur le territoire de la Martinique.”
“ S’agissant du pigeon à cou rouge (patagioenas squamosa), les associations requérantes sont fondées à soutenir, compte tenu des données scientifiques disponibles sur l’espèce et sa conservation sur le territoire de la Martinique, que les mesures prises par le préfet de la Martinique, à savoir la limitation du nombre de jours de chasse, et la fixation d’un quota maximal de 10 prélèvements par jour par chasseur, ne présentent pas de caractère suffisant pour assurer le maintien de la population et que le préfet de la Martinique a, ainsi, entaché l’arrêté attaqué d’erreur manifeste d’appréciation.
“S’agissant du moqueur corossol (margarops fuscatus) […], les associations requérantes sont fondées à soutenir, compte tenu des données scientifiques disponibles sur l’espèce et sa conservation sur le territoire de la Martinique, que les mesures prises par le préfet de la Martinique, à savoir la limitation du nombre de jours de chasse, et la fixation d’un quota maximal de 5 prélèvements par jour par chasseur, ne présentent pas de caractère suffisant pour assurer le maintien de la population et que le préfet de la Martinique a, ainsi, entaché l’arrêté attaqué d’erreur manifeste d’appréciation.”
S’il est bien sûr trop tard pour sauver les oiseaux qui ont pu être tués par les chasseurs cette année-là, nous tenons ici une belle victoire sur le fond qui s’appuie sur des arguments scientifiques solides mis en avant par nos associations. De quoi dissuader le préfet, la saison prochaine, de reprendre un arrêté similaire (en théorie…). Nos associations veilleront au grain !
Ce n’est pas la première fois que la justice, saisie par nos associations, vient au secours des oiseaux menacés en Martinique. En septembre 2022, un jugement similaire avait permis de suspendre un arrêté similaire en épargnant des fusils pas moins de 12 espèces jusqu’à la fin de la saison de chasse. Un arrêté que le tribunal administratif de la Martinique a ensuite définitivement annulé, en avril 2023.
A lire aussi : “Des milliers d’oiseaux (encore) sauvés de la chasse dans les Antilles” !
* L’association des mateurs amicaux des z’oiseaux et de la nature aux Antilles (AMAZONA), l’association pour l’étude et la protection de la vie sauvage dans les petites Antilles (AEVA) et l’association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles (ASFA)
Photo d’en-tête : Pigeons à cou rouge © Dustin & Lori Slater / CCO